L'amante.
L’immonde créature attendait je ne sais quoi, à quelques centaines de mètres du village qui, en contrebas, ne semblait pas plus inquiet qu’à l’accoutumée. Murée dans son silence, elle fixait sans vraiment le regarder, un point pourtant précis où quelques âmes s’aventuraient au loin, dans la plus légitime des confiances. Prête à bondir, tapie tel un chat attendant l’erreur de sa victime, ce quart de seconde où sa peur devient palpable et la voue à une fin certaine. Le soleil de plomb qui écrasait la garrigue endormie et la chaleur étouffante qui régnait si près du sol n’altéraient pas sa détermination à fixer toujours plus intensément devant elle, ce point qu’elle était seule à voir. A quoi pouvait-elle bien penser ? Avait-elle seulement connu un remord, même tout petit, pour toutes les victimes qui entre ses membres démesurément acérés passèrent le pire des instants ? Avait-elle souffert une fois seulement, un peu plus attendrie que d’habitude, d’avoir dévoré un amant plus fragile ou plus aimé ? Quel était donc ce secret qui la faisait se débarrasser de tous ceux qui l’avaient approché un jour de trop près ?
Mes pas la surprirent et la figèrent un peu plus dans la solitude de sa détermination. A mon approche elle se ferma complètement et simula l’indifférence. Les portraits de tous ses amants surgirent en moi. J’imaginai les sursauts dans lesquels leurs corps décharnés avaient tenté de se réfugier, pour échapper à cette ultime douleur terrestre. La pire qui soit, celle que vous inflige un congénère. J’aperçus le vrai visage de celle qui feignait de ne m’avoir pas vu, comme elle avait toujours feint d’être autre chose que cette criminelle à l’allure fière, insensible, détachée. Non sans dégoût, mais dans la plus grande discrétion, j’avançai vers ce corps repu du sang de ses semblables. De son silence, je compris qu’elle aurait aimé que je l’ignore, que je passe en ne la voyant pas, en regardant le ciel. Comptant sur une réputation qui la protège, elle aurait aimé que je fuie sans demander mon reste. Alors que mes pieds approchaient de son corps longiligne, sa tête se tourna vers moi, dans un mouvement lent et prémédité. Presque mécanique. Je sentis dans ses grands yeux froids une peur contenue, qui voudrait ne pas éveiller l’attention. Celle qu’elle avait déjà sans doute vue des dizaines de fois, dans les yeux des mâles qui autrefois tentèrent de résister à ses premiers assauts assassins. Elle prit finalement ses jambes à son cou, maladroitement, en trébuchant sur les brindilles qui semblaient la retenir. Comme pour mieux la punir de ce mal que tout le monde savait et dont subitement, plus personne n’avait peur. Elle rampait sans aucune autre fierté que celle du tortionnaire qui aurait rejoint l’anonymat, après avoir échappé au procès qui l’aurait condamné à la peine capitale. Tout son corps implorait désormais la pitié, tant il se trémoussait disgracieusement. Avant de la laisser reprendre le cours de ses funestes activités, et après lui avoir infligé la pire des humiliations en l’obligeant à supplier une clémence dont elle était incapable, je décidai de figer sa beauté au moment où elle était la moins cruelle.
A peine avais-je repris le cours de ma promenade, je me retournai pour contempler une dernière fois l’immonde créature que j’imaginais enfuie ou terrée dans le plus religieux des silences. Elle avait repris sa place et fixait à nouveau ce point imaginaire, où devait se comploter son prochain larcin. Dans de petits mouvements de pattes, répétitifs et très rapides, elle semblait applaudir mon départ et fêter sa victoire sur le monde.

15/10/07 - 22:33
Et ouais… Après vous trouvez des gens qui viennent vous rebattre les oreilles avec "la nature", que la nature c'est soi-disant tout doux, pureté et équilibre, bien-être et santé, harmonie et harmonica.
Non, la nature est immonde, la nature c'est la mort.
À MORT LA NATURE !
(Ya pas un fond d'hysope par là ? J'ai la gorge sèche)
Tante Fritzi (visiteur)