17/08/2008
12/08/2008Sentir et entendre. Sentire. Je suis parti un peu plus tôt. La longueur démesurément inutile des longs dimanche d'été, m'aurait permis de prendre le dernier train, celui qui est toujours vide et qu'on n'emprunte qu'en cas d'urgence ou de panne d'auto. J'aurais pu prendre un de ces trains du petit matin, douloureux, silencieux où les after-shave se mélangent aux eaux de Cologne ou de toilette, pour dissimuler l'instant du voyage, l'odeur de la viande. Finalement, j'ai pris le train des petites vieilles, des cousines en week-end, des chats dans les paniers à côté des cabas gavés de chlorophylle du jardin de papa. Celui qu’on prend pour ne pas rentrer trop tard. J'ai pris soin de choisir mon wagon, sans compartiment et proche de la locomotive, pour entendre ronronner le train. Je me suis installé sur la première banquette, côté ombre et près de la fenêtre. Je ne devrais pas être embêté à cette place, à moins d'une affluence record, personne ne pense à s'asseoir sur ces premières banquettes. En entrant dans le wagon, on préfère toujours aller voir un peu plus loin, comme si on pouvait trouver mieux plus loin.
Le nez plongé dans ces mémoires que j'ai pris l'habitude de ne lire que dans le train, je renifle malgré moi les voyageurs qui défilent un par un dans le wagon. Un bruit suspect, proche de la flatulence fatiguée qui soupirerait d'ennui, ponctue chaque fermeture des portes automatiques, manifestement hermétiques aux préceptes de la politesse la plus élémentaire. Odeurs agréables, fortes ou transparentes. On apprend énormément en sentant. Le néo-babacool faux rebelle aux cheveux longs et propres passera son chemin après quelques hésitations. Tant mieux. Jamais aucun mec à cheveux longs ne m’a largué, pourtant, je crois que je ne pourrai jamais les trouver beaux. Et puis les UMPistes aux cheveux longs me donnent des envies de meurtre. De temps en temps, un effluve me donne envie de lever le nez de ces si brillantes mémoires. Je regarde alors s'éloigner celui ou celle dans l'intimité de qui j'ai pénétré quelques instants malgré moi, malgré elle, malgré lui. Parfois je m’emplis en prenant une inspiration forte mais discrète, d’une odeur qui me plait pour une raison pas toujours explicable et qui m’apporte un réconfort instantané. Souvent un parfum qui me rappelle quelqu’un ou une époque de ma vie. Je me demande quelle odeur je peux bien avoir, moi. Mais contrairement à sa voix qu'on peut entendre dans le message de son propre répondeur par exemple, nous n’aurons jamais une idée exacte de l’odeur que nous dégageons. Un peu comme un défaut qu’on ne chercherait plus à combattre, nous n’aurons jamais d’elle qu’une vague idée imparfaite et surannée.
Les pages se tournent et dans mes oreilles, malgré les roulis et le crissement des freins, Barenboïm interprète Mendelssohn à merveille. Quel bonheur. Vous imaginez une double couche de poésie et d'intelligence ?
Sur les quais des gares, les gens sont bronzés et légèrement vêtus. Le regard béat et le sourire de retour de vacances, ils saluent les quelques sacrifiés qui reprennent le boulot demain. Ils sont laids mais ont l'air heureux des tire-au-flancs qui louperaient un cours d'EPS. Les fines gouttes qui essaiment le ciel de fin d'après-midi ne les décourageront pas. Les vacances c'est surtout dans la tête. Des odeurs de pain cuit au four à bois s'échappent du sac en plastique dans lequel j'ai jeté à la hâte les provisions pour le repas du soir. Quelques trucs du jardin, un bouquet de persil qui coûterait une fortune à l’épicerie du coin, quelques légumes déjà blets. J’ai faim et je comprends qu’on ait pu se révolter pour du pain. Pas seulement parce qu'il est l'aliment premier, mais aussi parce que son odeur est l’une des plus érotiques que je connaisse.
11/08/2008A tous nos amis parisiens qui seraient en vacances très loin en ce moment.
Surtout restez-y.
C'est formidable Paris sans vous tous.
Sublimissage pour Cagola.
J'ai trouvé de la panna cotta aux fruits rouges au Franprix du coin.
Alors, heureuse?
05/08/200803/08/2008 Cahier de vacances.
27 juillet
Je suis toujours aussi ému par ces paysages d'Auvergne, rudes, verts, drus. Mon œil s'emplit de joie face à ces ballons alignés, qui selon l’angle sous lequel on les observe, comme autant de fesses viriles, rebondies, envoient au ciel et à ses résidents, le plus arrogant mais le plus bandant des spectacles.
Contrairement à l'Auvergne, le Larzac est une terre décharnée, sèche, plate, une femme qui n'aurait jamais joui.
Le sud commence à Lodève. Là où les cigales grignotent enfin le cagnard.
28 juillet
Vue de la route, la plage ressemble à une fourmilière de petits insectes multicolores, assoiffés de rires et de cris.
De nouveaux poils ont fait leur apparition sur mon torse. Je m'exciterais presque.
Halte aux tongues qui s'usent en râpant le bitume, aux fausses lunettes de soleil, au Pastis cong, aux barbecues sur les balcons, aux torses nus à chaque coin de rue. C'est l'été, certes, mais personne n'en est responsable!
Une agence immobilière a remplacé la petite poissonnerie de la route de la mer. N'est-ce pas là la preuve irréfutable de la fin de notre civilisation?
Je me sens toujours un peu gêné dans ces régions méditerranéennes aux accents aussi prononcés, à l'idée de parler en public, devant les clients d'un commerce par exemple. Je sais qu'ils se demanderont, une fois que j'aurai tourné le dos, d'où je viens. Belgique, Lyon, "Grenoble!" dira celui dont le fils a du partir là-haut "à cause" de son travail. S'ils ne se mettent pas d'accord, ils diront "Paris pardi!", en imitant mon accent pointu et en prenant mon air hautain. Parfois j'hésite à imiter leur accent pour me dissoudre dans la scène, mais la plupart du temps, de peur d'être démasqué, je me contente de parler tout bas.
29 juillet
Vous vous sentez gras, laid et inutile? Devenez juilletiste ou aoûtien, déjà, vous vous sentirez moins seul.
On s'est acheté des espadrilles mondialisées. Made in Bangladesh.
Il fait nuit et l'orage au loin éclabousse le ciel. C'est Verdun de l'autre côté du Golfe. Tout le monde est sur son balcon ou descendu à la plage. J'ai escaladé la dune pour ne pas perdre une miette de ce spectacle hors du commun. Les éclairs fendent le ciel de leurs traits tantôt verticaux, tantôt horizontaux, tantôt en zigzag. Et puis le vent a fini par tourner et a mélangé tous les bruits dans une même tourmente lourde et magnétique. La salsa des bars de plage, le remous des vagues décomplexées, la foudre ahurissante, les cris de joie et de stupeur. Tout se mélangea pour ne plus faire qu'un seul et même bruit, celui de l'enfer. Je suis rentré. Une tarente descendit le mur de la terrasse, tête en bas, pour trouver refuge. Comme si de rien n'était. Là-bas c'est l'apocalypse. Qui s'en plaindra?
Le bruit régulier et lourd des gouttes couvrit allègrement celui de la mer. La fraîcheur chassa doucement les souvenirs insistants de la chaleur de l'après-midi. Nous nous endormirons fenêtres ouvertes. En pensant à celui de nous deux qui, tôt dans le petit matin se lèvera pour les pousser tout doucement, avant de recouvrir du drap l'autre encore endormi.
30 juillet
Entrées maritimes, il fait gris et frais. Occasion rêvée de découvrir la piscine. Autour, trois célibattantes tout droit sorties des années 80, avec leurs palmiers Charly makes the cook sur la tête. Immondes. J'ai peur pour mes couilles. Un seul baigneur, adolescent de 13-14 ans, boutonneux. Il cherche surement un copain de jeu, alors, de dépit il me pose plusieurs questions inutiles. Le pauvre est bien mal tombé. J'ai une humeur de bouledogue français.
Un morse c'est comme une patate géante avec des poils et quelques dents.
Il fait trop chaud, j'ai l'impression d'avoir cent ans. J'attends que ça passe. Je rêve de vacances en Sibérie ou sur la Baltique. J'ai toujours eu un faible pour le hareng. Je vais me mettre au Russe. Ce doit être rafraichissant comme langue.
Ecouter la Dame de Pique tout bas pour faire un courant d'air frais.
S'endormir bercés par le ventilateur.
31 juillet
Sur la plage, compétition de bronzage et de seins qui tombent. Tous les vieux ont cette même couleur de poulets cuits à la broche sur les marchés. Les petits enfants autour, moins bruns, seraient ces petites patates blanches insipides, cuites dans le jus des volailles qui rôtissent. En passant tout près j'ai envie de crier "chichis, mélanomes, demandez un mélanome!".
Il fait chaud à crever. Tiens, bonne idée.
La vendeuse de miel parlait comme un homme, ou inversement. Dans ces cas là, ne pas utiliser "Monsieur" ou "Madame". Se contenter d'un "bonjour" sec et d'un "au revoir" exhaustif.
Balade au clair de lune sans lune. Quelques vagues font remonter sur la corniche une odeur de crustacé tiède. Etrange. Un léger vent frais défrise les poils de nos jambes nues. La nuit s'annonce noire et fraîche sur la ville. Sur la ville, sauf dans l'appartement qui doit être l'unique épiphénomène de microclimat subéquatorial de toute la région. A ce rythme, demain, on met une claque au magazine de mots fléchés spécial été.
S'endormir bercés par le ventilateur. Bis.
1er août
Prier pour que le ventilateur mondialisé Made in China ne rende pas l'âme. Qu'il attende au moins demain.
Ce soir le vent s'est levé. Un vent chaud et lourd, chargé, un vent du sud. L'ennui nous gagne. Je rêve d'un pays où l'été s'arrêterait à juin et où les jours ne dureraient pas 18 heures.
Joutes sur le Canal Royal. Un jouteur de moins de 25 ans est à la virilité, ce qu'un tektonik est à la libido; le meilleur remède. Un jouteur de 25-35 ans, c'est comme un pompier qui se serait déguisé en marin. C'est très cliché, mais ça peut rapidement puer le sexe.
Sur le carnet de la baronne: La déshérence du jouteur sans but.
Sète est avec Marseille, la seule cité "balnéaire" qui ait encore quelque chose à offrir. Que vous soyez bourgeoise, superficielle ou décolorée, laid, fauché ou ringard. Vous ne serez pas conquis par du paradisiaque ou de l'inoubliable. Non. Ici, c'est la petitesse qui est touchante. L'odeur de graillon dans les rues, du poisson sur le port, les mines ravagées par trop d'anis et de soleil, un accent incompréhensible qui en fait dix fois trop. Le spectacle est généreux et permanent. Vous en aurez pour votre argent. Il suffit de passer le pont.
Première leçon de russe. Sacha est le diminutif d'Alexandre. "Bistrot" vient d'un mot russe signifiant "vite"! Fichtre, c'est pas gagné.
Le mistral arrive, il nous faut partir. Tristesse. Ça grésille dans ma gorge.
2 août
Et puis, il y a toujours un matin où je me dis, "ça y est, l'été est fini". Une lumière plus argentée, un courant d'air plus frais, un regard qui cherche à capter un souvenir. Je crois que ce matin c'était la fin de l'été.
Mangé la première mûre de l'année. Acide avec un léger goût de punaise. Garce!
Cf 2 08 al. 1er.
25/07/2008Achnachmichdufreiin Aviignoon. 24/07/20081975-2003Je n’avais eu aucune nouvelle pendant des années, peut-être vingt ans. Pour être franc, je n’avais pas non plus cherché à en avoir. Je n’ai jamais cherché à conserver tous ces liens qui n’ont plus d’autre raison d’être que celle d’avoir existé un jour. En amitié aussi, il me semble plus honnête de tourner les pages quand nous les savons par cœur, et que nous les récitons trop vite, de plus en plus vite, comme un Notre Père frelaté. Il y a quelques années, ma mémoire avait excavé son nom pour une raison qui m’échappe. Sans savoir pourquoi, il n’y a pas si longtemps, donc, je m’étais demandé ce qu’il avait bien pu devenir, à quoi il ressemblait finalement. Je gardais de lui une image assez floue, malgré quelques détails très précis. Une voix nasillarde, un phrasé très vif, presque directif, que j’expliquais à l’époque par un père militaire peu enclin aux épanchements verbaux et effusions affectives. Pas vraiment beau -mais qui l’est à 13 ans ?-, ce petit blond aux jambes trop courtes et légèrement arquées de footballeur en herbe, m’avait un jour surpris par une confidence émue et inattendue. Notre relation était cordiale mais sans plus. Nous n'avions pas de points communs; il jouait au foot, je faisais de la musique, il rêvait de mobylettes, je collectionnais tout et n'importe quoi. Pour une raison que je n’avais pas comprise sur le coup, mais qui avait semé un sérieux trouble en moi, il m’avait dans cette jungle acnéique et violente qu’est la cour d'un collège, avoué qu’il m’aimait mais "pas comme un ami". J’avais trouvé ça culotté et m'étais finalement laissé attendrir par cette confession hors du commun. Pas tant pour la confiance qu’il m’accordait en révélant ce qui, dans ce contexte aurait pu lui coûter des années de brimades et quelques agressions sournoises. Mais surtout parce qu’il fut le premier garçon à ouvrir en moi une brèche silencieuse.
C'est donc hier que j'eus de ces nouvelles. Un peu par hasard, alors que j'accompagnai ma mère au cimetière. Enfin non, pas par hasard. Toute mère devrait dans sa vie, connaître la joie de mettre au monde un fils homosexuel qui l'accompagnera sans broncher au cimetière et sera encore capable de choisir des fleurs pour les tombes, en prenant soin de respecter les essences préférées de ces chers défunts, désespérés par la profusion de plaques lourdes, grises, insipides. Là où quelques fleurs coupées suffiraient, qu'y-a-t-il de plus vulgaire qu'une plaque tombale? C'est la question que je me posai en passant devant la tombe de Sébastien, sur laquelle mes yeux se posèrent par hasard, quelques mètres avant la tombe de l'aïeule que nous étions venus visiter. Il était là, près d'elle, sous une forêt de ces maudites plaques. Je pensai alors à un homonyme. Dans ces petites bourgades, quelques familles seulement se partagent les places de cimetière. Mais les dates gravées en lettres dorées me confirmèrent qu'il s'agissait bien de lui. 1975-2003. En quelques coups d'œil je rattrapai mon retard sur son passé, j'appris qu'il avait été marié et que sa femme le regretterait toujours, qu'il était papa et que son fils ne l'oublierait jamais. J'ai vu sa photo aussi, sur une plaque probablement offerte par des collègues de travail. Il portait une chemise bleue, un couvre-chef qui ressemblait à un képi. Gendarme comme son père. J'aurais du m'en douter. Il me sembla bien plus beau que le souvenir que je gardais de lui. Ces traits étaient plus ronds, son visage plus doux. Sur cette photo il avait l'air heureux. Je repensai alors à ce passage du Premier Homme où Camus réalise, au moment où il se rend pour la première fois de sa vie sur la tombe de son père, qu'il a déjà vécu plus longtemps que lui, et s'émeut en pensant qu'il se recueille sur la tombe d'un jeune homme inconnu, tout juste sorti de l'adolescence. Je ne sus trop quoi dire, et nous avons marché un peu pour absorber la nouvelle avant de revenir à nous. Ma mère rompit le murmure des gravillons que nous foulions sous nos pas, en me faisant promettre, dans un de ces petits éclats de rire dont elle a le secret, de ne jamais lui jouer "pareil tour". En silence je me disais que j'aimerais ne pas mourir avant 2053, au moins. Et tant qu'à faire ne pas mourir du tout.
16/07/200813/07/2008Sans grande importance.
Si je n’ai aucune attirance a priori pour les jeunes garçons, je suis par contre, de plus en plus touché par ceux qui approchent la trentaine. Les premiers cheveux blancs atténuent l’arrogance des douloureuses années qui enterrent l’enfance. Les traits se dessinent et ressemblent à ceux de plus anciens, à qui l’on a souvent cherché à ne pas ressembler. Les rides naissantes, tantôt graves, tantôt rieuses, rappellent les premières joies et aigreurs, mais annoncent aussi la beauté de demain. Les certitudes anxiogènes cèdent enfin la place au doute assumé, plus serein.
Casa nostra.
Va maintenant falloir construire ce truc qui nous ressemble. On bâtira la maison de cette histoire que je ne saurais qualifier qu’avec des mots que je ne connais pas. On trouvera un statut juridique pour inscrire, à coups de marteau s’il le faut, ce lien qui nous unit sans nous accaparer. Cette perspective m’excite finalement. En conjuguant nos névroses on réussira bien à créer un peu plus de liberté encore. On sera bien plus forts. Choisir c’est déroger. Qui n’a au fond, jamais rêvé de marginalité ?
05/07/2008Je suis un homme, je suis un homme
Tondre la pelouse, jouer quelques minutes au tennis, nettoyer la voiture, parler politique, boire du rouge dans un verre à moutarde, remplacer le shopping par une sortie utilitaire au supermarché, jurer et gueuler comme c'est pas permis après ces parisiens qui font des queues de poisson ou qui se trainent comme des grands-mères.
Quoi de surnaturel en somme?
Gare de LyonVendredi vers 17h, c'est le coin idéal pour promener sa valise à roulettes. Je slalome entre les carioles gavées d'effets personnels en surnombre qui reviendront tels quels. Malgré leurs formes et couleurs variées, elles font toujours à peu près ce même bruit idiot et inutile. A l'heure du Wifi et du macaron cumin à la betterave de Moldavie, y a pas un abruti d'ingénieur ès valises et caddies qui s'est levé un matin en se disant "je vais révolutionner l'univers du voyage en roulettes en inventant des roues en silicone silencieux"? Quelle vie trépidante que celle d'une valise à roulettes. Suivre sans broncher -et souvent à un rythme soutenu- son propriétaire tête en l'air, perdu dans ces grands couloirs infâmes. Plus que des tektoniks et de la clientèle buildée et mal rasée du Cox qui occupe tout le trottoir de la Rue des Archives, à Paris, j'ai appris à me méfier des vélibs et des valises à roulettes. Un jour, il y aura des morts, vous verrez. Je ne me suis pas encore vraiment accoutumé à cette révolution du voyage moderne, et éprouve même une certaine gêne à promener cet accessoire aussi peu commode que peu élégant. Qui d'autre que Cagola peut conserver ce minimum de dignité qui sied à chaque être humain dans des situations aussi extrêmes.
Le train est plein à craquer. Je n'ai pas vérifié la voie sur le tableau des départs, mais il part toujours de la même, juste avant le dernier quai. De toute façon, même si je ne connais personne dans le wagon, je le reconnaitrais entre mille, l'odeur des sièges peut-être, ou alors la mine naïve et familière de ceux qui l'occupent. J'espère qu'un joli jeune homme, chemise défraichie et cravate légèrement dénouée occupera la place à côté de la mienne. Cette fois encore je m'accomoderai d'une mère de famille pas vraiment vieille, mais déjà bonne pour un relooking M6. Je m'estime chanceux lorsque le gars de la banquette d'à côté décide de retirer ses sandales et d'exhiber ses pieds comme on dévoilerait son torse ou ses sentiments au premier venu. Sandales=scandale. Le jeune homme que j'espérais prendra place juste devant moi, offrant à ma vue cette partie du corps que je pourrais observer des heures chez un homme quand il a les cheveux très courts ; la spirale que forment ses cheveux vers le haut de son crâne. Quel voyage. Je pourrais tomber amoureux en quelques instants d'un homme à belle spirale capillaire -ça doit porter un nom scientifique, on a bien trouvé bec Bunsen ou bacille de Koch- rien qu'en contemplant ce miracle de la nature.
Le train est arrivé avec une heure de retard, mais ça n'a pas changé grand chose, une heure. Ici on a plus d'une heure de retard. A l'arrivée, j'ai longé le train déjà presque vide en marchant le plus vite possible. Je redoute toujours un peu de tomber sur une vieille connaissance, plus ou moins volontairement oubliée. Je ne me sens pas capable d'affronter une discussion d'anciens combattants. Sur le quai, deux jeunes garçons, perdus au milieu de la foule coulant vers le tunnel de sortie se sont embrassés sur la bouche en se retrouvant. Pas un vrai baiser de cinéma, un baiser rapide, complètement naturel, auquel personne ne sembla prêter attention. Je me retourne, je souris. J'aurais vu ce baiser il y a vingt ans, il m'aurait fait gagner un temps précieux. La pluie se met à tomber, ça sent la pelouse tondue. Aucun doute, je suis à la maison. 02/07/2008Rapport Larcher.
Mes yeux sautent d'un mot à l'autre, ils glissent sur ce papier gris et fin, qui seul retiendra mon attention aujourd'hui. Pourtant mon doigt souligne consciencieusement chaque phrase, comme le font les enfants qui apprennent à lire. Les lettres n'ont aucun sens. Je vais trop vite, tout devrait aller plus vite. Les secondes sont des heures, je m'ennuie de moi. Je souffre de ce douloureux sentiment qui consiste à se croire capable de plus, alors qu'on ne voit pas comment aller plus loin. J'arrive à une frontière, un pas que je ne sais pas comment franchir. Je sens mes limites, j'arrive au bout de moi. Cette fois encore j'abandonnerai avant d'avoir achevé, à ce moment précis où je me sentirai capable de faire en me disant, "ça y est, tu aurais pu" ou "tu en as compris assez". Pour ne pas subir l'échec, probablement. Mais aussi pour m'en tenir à cette impression grisante que ressentent les débutants, cet état de grâce des premières fois, où la satisfaction de l'inné peut suffire à donner l'impression que tout est réalisable finalement. Touche à tout ne finissant rien. Voilà comment je me résumerais. Essayez de vous résumer en si peu de mots. Je crois que secrètement j'en veux à ceux qui ont des projets et qui les réalisent. Ceux qui réussissent et qui l'assument. Ceux qui font de leur vie un concept, qu'ils développent tous les jours et qui y croient jusqu'au dernier. Je vis au jour le jour sans vraiment comprendre ce texte qui défile sous mes yeux et que j'ai à peine le temps de toucher du bout des doigts.
26/06/2008Estourbi.Odeur de poisson pas frais, lueurs noires d'un bitume en éruption. Une forêt d'arbres blancs s'échappe d'un vacarme de souffles et de chaleur, de klaxons. C'est bien là, j'y reviens et mon amour est intact. La lumière est anisée ce soir sur le vieux-Port, le plus beau du monde. C'est excitant un port quand on y pense. Tout pénètre, passe, glisse, repart. Tout finit par puer. Au fond c'est l'inconnu, l'infini peut-être. Tour à tour inquiétant, rassurant, sans intérêt. L'ailleurs ne saurait avoir de représentation plus exacte que l'entrée d'un port vue de l'intérieur. Je vous assure. Le large, c'est déjà l'infini.
La mer envahit tout. La rue, les gens, la brise qui rafraichit les terrasses, tout est trop salé, je suis trop salé. Ici je me sens chez moi parce que je me sens un peu partout, un peu de partout. Je crois que ça ne m'est jamais arrivé ailleurs. Paris méditerranéenne serait capitale du monde. Lointaine, elle restera cette grande sœur tentaculaire, trop exemplaire.
Cette fois encore je partirai trop vite, comme un voleur. J' écourterai ma halte comme le ferait un voyageur résigné, peiné de ne pouvoir rester pour toujours. Je n'embrasserai pas les enfants de ceux que j'y ai laissés il y a quelques années. A quoi bon. Ils vieillissent quelque part en moi.
Marseille aura toujours pour moi le goût délicieux de la première fois, de cette mélancolie propre à toutes les premières fois. De ce secret espoir de trouver un jour un port d'attache. Marseille c'est pas le sud, c'est bien plus loin encore.
 25/06/2008Fenêtre ouverte.
J'entends les quelques pêcheurs qui taquinent le poulpe, en bas, sous les lamparos. Une vague lumière rousse éclaire cette petite chambre orange et tiède. Je ne brancherai pas la clim, son bruit couvrirait le bruit des vagues. J'aimerais rester toute la nuit allongé sur ce grand lit à ciel ouvert, les yeux fermés et écouter les remous tout noirs, tout doux, tout doux.
TGV
Je regarde ce gentil et joli papa à la barbe toute douce qui joue avec son fils. Pas une seule ride, à peine quelques cheveux blancs. Il a tout juste mon âge. Une patience inouïe, une attention à chaque minute. Il lui dispense des bisous à chaque fois qu'il peut. Le petit en redemande. Je suis un peu jaloux. De qui, je n'en sais rien. Je me demande si j'aurais su aimer un enfant, mon enfant, sans que la terreur de le perdre ne nous gâche la vie à tous les deux. En tout cas, coloriage ou lecture des trois petits cochons, pour ça j'aurais été très fort.
21/06/2008Bacchanales et Kronenbourg.
Biactol+bière tiède+hard rock de coin de rue+vomi et bris de verre partout demain dans les pelouses d'ordinaire jalousement gardées, ça vous ferait presque aimer l'hiver.
Cagola, vous reprendrez bien une boule Quiès?
19/06/2008GA c'est plus fort que toi.Grands Boulevards, 17h30. Rencontre impromptue avec un contact GA.
Lui: "Je te croyais plus petit, plus vieux enfin, plus trappu quoi."
Moi: "Tu veux dire que tu me voyais gros et moche, c'est ça?"
Lui: "Non, non, juste bouffi."
-..."
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